Café-presse, le 25 juin 2015 – June 25, 2015, Coffee & Press

Décortication de trois articles :

– 2 commentaires sur la condamnation à mort de l’ancien président Mohamed Morsi – et d’une centaine de ses camarades Frères Musulmans- confirmée mardi 16 Juin 2015.

– 1 critique ciné sur  le récent documentaire d’Anna Roussillon « Je suis le peuple », à propos d’une famille égyptienne près de Louxor

La farce derrière la condamnation à mort de Morsi, par Jon Lee Anderson, publié le 18 Juin 2015 sur le NewYorker.com [forme: commentaire]
orig: The Farce Behing Morsi’s Death Sentence, by Jon Lee Anderson, published on June 18, 2015, on NewYorker.com

L’auteur, Jon Lee Anderson, (voir notes sur l’auteur ci-après) fait de la condamnation de l’ancien président Mohamed Morsi une « preuve du retour du pays au rang de l’autoritarisme ». Une première fois prononcée en mai dernier, la condamnation à mort cette fois-ci confirmée concerne également une centaine d’autres membres de l’organisation des Frères Musulmans(FM).

A noter que les charges retenues contre M. Morsi et ses camarades ne concernent pas le meurtre de manifestants pendant la durée du mandat des FM ; mais sont liées aux « crimes » commis qu’ils sont accusés d’avoir commis lors de leur évasion de prison au moment de la révolte de 2011.
L’ancien président FM M. Morsi est par ailleurs également condamné pour une histoire d’espionnage présumé : il est accusé d’avoir voulu organiser des attaques contre l’Egypte, au compte de « puissances étrangères » dont le Hamas et le Hezbollah. Une petite flopée d’autres accusations contre M. Morsi attendent sagement dans un coin, au cas où « espionnage contre le pays » et « crimes perpétrés au moment d’une évasion de prison », ne seraient pas des cas suffisants.

L’auteur part ensuite dans une description « c’était mieux avant », pour le citer « Tout paraissait tellement différent il y a trois ans [dixit en 2012]. Dans les premières élections démocratiques jamais tenues [en Egypte] en Juin 2012, […] Morsi avait gagné le siège présidentiel par une mince majorité ». Ensuite l’auteur balaie les quelques démonstrations de « tendances despotiques » de Morsi, etc pour affirmer qu’il « avait été, de fait, élu ». Vient le rôle de l’Armée, qui a rassemblé ses efforts afin d’ébranler le gouvernement-Morsi, selon Jon Lee Anderson. En cela, elle aurait été aidée par une partie de l’élite libérale séculaire. Dixit, ce qu’on peut qualifier d’opposition politique à Morsi en soi : les partisans de l’ancien régime renversé de Hosni Moubarak, les membres de l’Armée, et les membres des partis libéraux et séculaires. Ensuite l’auteur continue sur l’historique des événements : Renversement de M. Morsi par le Général Abdel Fattah el-Sissi, qui ensuite gagne les « élections » présidentielles de 2014 (aux résultats largement biaisés, avec deux candidats au choix, et autres), etc.

Jon Lee Anderson revient ensuite sur le sort réservé à H. Moubarak, qui -pour faire bref- est lavé de tout soupçon. Du haut de ses 87 ans, et souffrant, l’ancien président « vit » actuellement dans un hôpital militaire. Déclaré coupable pour corruption, Moubarak a en réalité déjà purgé sa peine de trois ans d’emprisonnement depuis la révolte de 2011 ; ensuite, accusé d’avoir participé à la mort de centaines de manifestants, condamné à la prison à vie pour cela, son procès sera réexaminé par une court, à une date indéfinie -si cela arrive jamais avant la mort de l’accusé-.

L’auteur affirme : « L’Egypte, qui n’est plus un leader régional d’aucune sorte, s’embourbe dans un miasme de misères auto-générées », etc. [traduction approximative]

Puis continue : « La « révolution » de 2011 […] semble, non pas seulement être venue puis repartie, mais avoir été un mirage.
Tragiquement, les gens se souviendront probablement de la place Tahrir au Caire comme le lieu où des espoirs pour un changement démocratique se sont élevés, uniquement pour être détruits par les pouvoirs inébranlables du pays. »

Pour l’auteur, la stratégie de l’Armée d’utiliser la violence -dont la condamnation à mort de M. Morsi fait partie- n’est pas logique, et ne leur assurera pas le contrôle du pays. Mais il ne va pas bien au bout de son propos. Il prend les exemples du développement de ISIS/Daesh dans la péninsule du Sinaï, des arrestations/meurtres des militants acteurs de la révolte de 2011.

Il continue son texte avec une comparaison entre la violence contre les FM en 1949, avec l’assassinat de son fondateur Hassan al-Banaa ; et celle contre les membres de l’organisation aujourd’hui. Puis ajoute que cette violence engendre un cycle « vicieux » qui ne fait que se répéter « sans jamais être résolu ».

La conclusion du papier est que M. Morsi ne devrait pas être tué/demeurer éternellement en prison,  mais plutôt autorisé à s’exiler. L’argument étant ici que l’ancien président n’est pas assez charismatique pour revenir en héro par la suite. Dernière phrase « tout est possible » quant à l’avenir de celui qui tourmente actuellement Mors, dixit le chef de l’Etat actuel Abdel Fattah Al-Sissi.

Remarque: pour une question de force symbolique, je doute que l’Armée laisse M. Morsi partir en exil.


A propos de l’auteur, Jon Lee Anderson : auteur, reporter d’investigation, correspondant de guerre depuis (entre autres) l’Afghanistan, l’Iraq, l’Uganda, Israel, Le Salvador, l’Irelande, le Liban, l’Iran, et la zone du Moyen-Orient. [wiki]


Rhétorique de la réaction égyptienne, publié le 17 Juin 2015 sur Baheyya Blog

orig: The Rhetoric of Egyptian Reaction, published on June 17, 2015, on Baheyya Blog

Résumé:
La blogueuse fait une comparaison entre la condamnation à mort par pendaison des membres des Frères Musulmans le 16 Juin 2015, et le procès de 20 Frères Musulmans en décembre 1999.
Elle retrace ensuite les « parcours » des condamnés à mort, comme celui de Mohamed Badie qui avant de devenir le Guide Suprême des Frères en 2010, était vétérinaire. La photo illustrant la publication montre les Frères derrières les barreaux de prison, certains dans l’habit rouge des condamnés à mort.
La blogueuse fait un petit retour en arrière nostalgique sur le procès de 99.
Le jugement de Juin 2015 a été rendu par le juge Shaaban al-Shamy, la blogueuse le cite (source en arabe : el Watan News) accusant les Frères Musulmans de mélanger « religion et politique ». Et elle ajoute que le juge emploie la rhétorique encensant la « 2nde révolution » du 30 juin 2013, niant l’existence d’une première « révolution » en 2011.

La blogueuse conclut sa publication avec

« La pensée réactionnaire égyptienne a toujours été là, bien sûr, mais il a fallut la révolution de 2011 pour la rassembler dans une doctrine semi-cohérente. Les réactionnaires égyptiens à l’intérieur de l’Etat, la classe économique férue de népotisme, et les segments des classes moyennes voire même populaires sont en train de construire une vision du monde qui assimile le pluralisme politique au chaos, qui définit l’alternance au pouvoir comme « renversement de l’état », et qui est offensée, non, terrifiée par le pouvoir politique des basses couches [de la société], surtout quand elles osent voter pour des députés islamistes. » [traduction approximative]

Avant de finir son commentaire par une amertume :

« Pour les historiens, ce n’est pas une nouveauté que les révolutions se terminent souvent par une cristallisation et une formalisation des ordres réactionnaires.Mais pour le reste d’entre nous qui avons espéré ne jamais revoir les activistes politiques dans une salle de procès, c’est une source [intarissable] de peine. »

Loin de Tahrir, par Rana Nessim, publié le 15 Juin 2015 sur OpenDemocracy.net
Orig: Far from Tahrir, by Rana Nessim, published on June 15, 2015, on OpenDemocracy.net

Résumé:
Un article sur le documentaire d’Anna Roussillon, par ailleurs très bien accueilli par la critique, « Je suis le peuple ».
Selon R. Nessim, auteure de l’article, Anna Rousillon répond aux questions:

« Quelles étaient les expériences des 60 millions d’égyptiens -sur 80 millions au total- vivant hors des centres urbains durant la ‘révolution’ de 2011? » ou encore « Comment le soulèvement affecte-t-il le quotidien d’une famille égyptienne typique,vivant à 700 kilomètres de la Place [Tahrir, litt. ‘Libération’] ? »

La particularité du documentaire réside dans l’angle choisi par A. Roussillon: le film retrace l’histoire d’une famille dans un petit village de la périphérie de Louxor, et « capture l’effet des moments historiques clefs sur la famille de six (puis sept) personnes, sur une période de trois ans et demi »; là où la plupart des documentaires sur la révolte de 2011 s’attardent à montrer l’expérience des personnes sur la Place ou autour de la Place Tahrir.

L’auteure continue plus loin: « Toutes les émotions – de l’émergence de la conscience politique, l’engagement, la confusion, à l’indifférence – sont capturées à travers un récit très personnel. […] L’effet instantané que la révolution a sur leurs vies est intelligemment dessiné à travers leurs difficultés à obtenir les cylindres de gaz [leur fond de commerce]. […] Cependant leurs vies continuent, inchangées malgré tous les défis auxquels ils sont confrontés. La télévision est leur unique source d’information et juste après le début de la révolution, Farraj [le père] fait mettre une parabole pour que lui et ses enfants puissent suivre le cours des derniers événements. »

Selon R. Nessim, le documentaire souligne la différence de conscience politique entre les hommes et les femmes. Les premiers sont montrés confrontant leurs points de vue, discutant etc (représenté sous les traits du personnage du père, Farrag) ; tandis que la mère, « n’est jamais vue à regarder l’actualité avec [les hommes] et discute rarement de son point de vue sur les événements politiques qui se déroulent ». « Indifférence ou pragmatisme ? », se demande l’auteure.
Le documentaire présente le rapport des personnages à la propagande du régime, également.
Une « plongée » au coeur d’une « famille égyptienne traditionnelle », selon l’auteure. Le documentaire montre -et construit par les images choisies- une sorte de cycle répétitif, une continuité dans la vie de la famille « avant et après la révolte de 2011 ».

Cependant, « Vers la fin [du documentaire], la différence d’opinion entre les générations commence à apparaître, tandis qu’il jeune homme exprime ses inquiétudes et son mécontentement avec l’enchaînement des événements de 2013.
Le spectateur est laissé à penser: les gens en Egypte ont changé, mais leurs conditions de vie se sont dégradées et le régime autoritaire est revenu. Donc, quelle est la suite pour l’Egypte ? »

Liens: Page Facebook du documentaire « Je suis le peuple » ; Extrait du documentaire sur « la définition de la démocratie »

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